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J'avais cinq ou six ans
quand mon premier planeur prit l'air. D'autres suivirent
avec plus ou moins de succès. Beaucoup de casse et de
déceptions pendant huit ou dix ans. Il n'y avait pas de
radio suffisamment légère pour les piloter et le vol
libre était de rigueur. C'était l'euphorie après un
vol de trente secondes qui, pour nous, avait duré un
siècle. Le vent m'a fait beaucoup courir. Combien de
fois ai-je cherché un planeur à l'endroit "où je
l'avais vu se poser" et le récupérer à une
centaine de mètres ? Au raz du sol, il pouvait encore
parcourir des distances importantes, porté par un
matelas d'air facétieux. Je revenais, alors, avec le
sourire, heureux d'avoir retrouvé ma machine diabolique
intacte, épargnée par les bovidés du "père
Pachot", le propriétaire du champ..
Je me suis tourné ensuite vers le modélisme naval. Le
temps de construction, bien plus important, nécessite
une patience démesurée. On ne peut, en effet, réaliser
une grosse maquette de bateau en moins de trois années,
voire plus. De longues soirées y sont consacrées,
souvent au détriment d'autres activités. J'ai plusieurs
souvenirs d'appels répétés pour passer à table
auxquels je répondais :
- "J'arrive, encore deux minutes" puis plus
tard :
- "Mais oui, j'arrive" ....... d'un air agacé
....................
..... Minuit ou une heure du matin, les yeux rougis de
fatigue, je trouvais un menu dans mon assiette. La maison
était silencieuse, tout la famille couchée. Pas
question de faire le fanfaron ni de réveiller qui que ce
soit. Et ne rien répondre à ce genre de remarque :
- "Tiens, te voilà ? Tu l'as enfin quittée !"
avec quelques sous-entendus ......
.............. Ah, la passion !
Mais un beau dimanche, l'objet de tant de patience et de
tourments sort au grand jour et c'est la joie des
premiers essais en compagnie des amis, de la famille.
Les passionnés de modélisme savent ce qu'on ressent
quand, pour la première fois, une maquette prend contact
avec son élément. Avion ou bateau, les appréhensions
de son concepteur sont les mêmes. On a le cur qui
bat un peu plus vite, les gestes sont fébriles, on a
peur de l'imprévu. Et de l'imprévu, il y en a très
souvent ! C'est la rafale de vent traîtresse au moment
de l'atterrissage ou la branche à fleur d'eau qui guette
la coque du fragile esquif.
L'instant délicat du retour sur terre du planeur ou de l'accostage
du remorqueur se transforme en cauchemar. On fait
malheureusement de bien tristes expériences. Le
modéliste ramasse, alors, les morceaux ou récupère ce
qui peut l'être. Il ressort ses outils, la colle, les
baquettes, il branche le fer à souder et s'installe à
son atelier. Il y passera de longues soirées à réparer
son uvre ..... Il ne se découragera pas, il ne
baissera pas les bras.
Un beau jour, c'est à nouveau l'envol ou la mise à l'eau
sur l'étang du voisin. Les manches de la radiocommande
sont actionnés avec fébrilité. Tous les yeux sont
braqués sur le modèle réduit. Son concepteur a peur,
tout le temps de l'essai, de voir le fruit de ses efforts
anéanti en une fraction de seconde. Cette fois, la
démonstration se déroule bien, il n'y a pas de
catastrophe. Le sourire est sur toutes les lèvres, la
tension nerveuse disparaît, on est heureux.
Deux ou trois photos seront accrochées avec
celles qui embellissent le mur du Club ou de l'atelier et
longtemps on racontera ce vol superbe au raz des nuages
ou la longue traversée de l'étang au milieu des canards.
Une heure merveilleuse qui aura effacé les évènements
qui gâchèrent une belle journée d'été, un mois plus
tôt.
Les modélistes ont tous vécus de pareils moments.
Intenses, ils se reproduisent à chaque tentative de
réglage, d'essais. Ce n'est pas étonnant que ces pros
de la maquette considèrent leur réalisation comme leur
"enfant".
Si vous n'avez jamais connu de tels moments,
poussez la porte d'un Club. Vous y trouverez des
passionnés qui se feront un plaisir de vous montrer
leurs joujoux. Ils vous autoriseront peut-être à
prendre le manche quelques instants. Vous comprendrez
alors la signification du mot "bonheur".
Juste un petit conseil : Si vous débutez dans le
modélisme, ne démarrez pas seul, demandez quelques
conseils, ils sont gratuits et vous éviteront bien des
déboires. On ne s'improvise pas modéliste, on le
devient.
Amis modélistes automobiles, ferroviaires et
autres, je ne vous oublie pas. Comme je n'ai jamais
pratiqué ces activités, je me garderai d'en parler mais,
envoyez-moi vos adresses personnelles ou de clubs, je me
ferai un plaisir de les diffuser dans la rubrique "Mes
bonnes adresses". Vos expériences peuvent être
riches d'enseignement pour ceux qui souhaitent découvrir
vos passions.
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